Déclaration: LA « PROTECTION » DES FORCES DE L’ORDRE NUIT AUX TRAVAILLEUSES DU SEXE

Les mesures visant à protéger les travailleuses du sexe violent systématiquement leurs droits humains plutôt que de les aider

 

La présente déclaration est du Réseau juridique canadien VIH/sida (« Réseau juridique »). Les commentaires extraits de la présente peuvent être attribués à Sandra Ka Hon Chu, directrice de la recherche et du plaidoyer, Réseau juridique canadien VIH/sida.

 

10 avril 2019 – En 2018, le Réseau juridique canadien VIH/sida a interviewé 22 travailleuse(-eur)s du sexe de l’Ontario au sujet de leurs récentes expériences avec les forces de l’ordre. Âgé-es de 19 à 60 ans, les travailleuse(-eur)s du sexe interviewé-es s’identifiaient comme des femmes, des personnes trans, bispirituelles ou (dans un cas) de sexe masculin; et comme étant blanches, autochtones, asiatiques, noires, latinas ou du Moyen-Orient. Malgré leurs identités et leurs origines variées, les expériences des répondant-es avec les forces de l’ordre étaient similaires. La similarité la plus marquante : leurs expériences avec les forces de l’ordre étaient une source de répression plutôt que de protection.

Le contrôle agressif et les abus disproportionnés des forces de l’ordre à l’encontre des travailleuses du sexe violent leurs droits humains. Ceci se traduit par des cas d’agression, de harcèlement, de menaces, d’extorsion, de perquisitions et de saisies injustifiées à l’endroit des travailleuses du sexe en Ontario. Le récent rapport Les dangers de la « protection » : expériences de travailleuses du sexe en lien avec les forces de l’ordre en Ontario présente des témoignages personnels décrivant un système d’application de la loi qui prône et qui maintient un contrôle extraordinaire sur les vies des travailleuses du sexe.

« Ils voulaient quand même me tenir responsable de toute faute possible; s’ils ne pouvaient pas m’accuser de prostitution, ils m’accuseraient d’autre chose. J’étais toujours une cible. Du moment qu’ils savaient qui j’étais, ils m’attraperaient pour une raison ou une autre. » – Leigh, travailleuse du sexe à Toronto

Dans l’ensemble des interviews, les travailleuses du sexe ont systématiquement fait état d’un contrôle envahissant des agents des forces de l’ordre, qui invoquent un éventail de lois afin de surveiller les travailleuses du sexe, de les interroger, de les harceler, de les détenir et/ou de les arrêter. Pour mitiger ces méfaits, des travailleuses du sexe ont dit travailler dans des secteurs inhabituels ou isolés, dans l’isolement social et en présence de risques inconnus – ce qui accroît leur vulnérabilité à la violence, à l’exploitation et aux abus ciblés. Les impacts néfastes de cette situation sont considérables et variés : atteintes à la sécurité physique et à la santé mentale des travailleuses du sexe; diminution de leur capacité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs êtres aimés; dévoilement public et stigmatisation de leur statut de travailleuses du sexe. Dans plusieurs cas, le contrôle des forces de l’ordre entraînait de plus une diminution des occasions de trouver d’autres emplois ou des emplois futurs; l’éviction du milieu de travail; la perte de la garde légale d’enfants; et/ou la détention et la déportation par les autorités de l’immigration.

Pour les travailleuses du sexe, faire appel aux autorités ou leur signaler un crime dont elles sont victimes n’est pas une option réaliste; la majorité des participantes interviewées ont indiqué qu’elles ne demanderaient pas l’aide de la police, en particulier si elles avaient à dévoiler leur travail du sexe. Les travailleuses du sexe ont noté que, lorsqu’elles demandent une intervention de la police, elles se voient souvent refuser une telle assistance; leurs expériences sont minimisées ou ignorées; elles sont blâmées pour les méfaits qu’elles ont subis; ou elles sont traitées comme des criminelles et, dans certains cas, accusées après avoir demandé une assistance policière.

Cette recherche a mis en évidence la nécessité de prendre en considération de manière centrale les perspectives des travailleuses du sexe, afin de bien comprendre l’impact des lois et de leur application, dans leur vie. Elle démontre également la nécessité d’éliminer l’intervention non désirée des forces de l’ordre dans les vies des travailleuses du sexe. Les travailleuses du sexe que nous avons interviewées ont souligné que la police doit traiter la communauté du travail du sexe avec respect et lui fournir une assistance seulement lorsque demandée.

« La même situation se répète sans cesse. « Eh bien, tu t’es mise dans cette situation, donc pour éviter ça tu ne devrais plus faire ce que tu fais. » … C’est comme ça qu’on te traite tout le temps, quel que soit le type de travail sexuel. » – Guisella, travailleuse du sexe à London

Pratiquement toutes les travailleuses du sexe avec lesquelles nous avons discuté ont souligné le rôle crucial des organismes de défense des droits humains dirigés par des travailleuses du sexe, en tant que sources de soutien, de même que la nécessité que les responsables des politiques investissent dans le soutien de tels organismes.

Mais surtout, les expériences décrites dans cette recherche remettent fortement en question le présupposé selon lequel les agents des forces de l’ordre protègent les travailleuses du sexe. Le contrôle agressif et les abus des forces de l’ordre à l’endroit des travailleuses du sexe doivent cesser, et les droits humains de cette communauté doivent être respectés.

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Au sujet du Réseau juridique canadien VIH/sida
Le Réseau juridique canadien VIH/sida (www.aidslaw.ca) fait valoir les droits humains des personnes vivant avec le VIH ou le sida et de celles qui sont à risque ou affectées autrement, au Canada et dans le monde, à l’aide de recherches et d’analyses, d’actions en contentieux et d’autres formes de plaidoyer, d’éducation du public et de mobilisation communautaire.

Fondation du droit de l’Ontario
Ce rapport a reçu l’appui financier de la Fondation du droit de l’Ontario.

Auteures
Ce rapport a été rédigé par Sandra Ka Hon Chu, Jenn Clamen et Tara Santini.

 

 

Rapport
Les dangers de la « protection » : expériences de travailleuses du sexe en lien avec les forces de l’ordre en Ontario

Le résumé du rapport est accessible ici.

Le rapport intégral (en anglais) est accessible ici; sa traduction française paraîtra en mai 2019.

 

Contact :
Emma Riach, agente des communications et des campagnes
Réseau juridique canadien VIH/sida
Téléphone : +1 416 595-1666 (poste 236)
Courriel : eriach@aidslaw.ca

 

 

 

 

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