Des programmes de seringues en prison : pourquoi?

10 juin 2015

Dans nos appels au Gouvernement du Canada pour protéger le droit à la santé des détenus par l’introduction de programmes de seringues et d’aiguilles en prison, il est essentiel de faire entendre les voix des personnes incarcérées dans des prisons canadiennes. Jarrod, détenu dans un établissement fédéral, explique comment le gouvernement canadien échoue à protéger sa population carcérale, et doit agir immédiatement pour répondre à cet enjeu de vie ou de mort.

Des programmes de seringues en prison : pourquoi?

Par Jarrod G. Shook

Pourquoi donnerait-on une seringue à quelqu’un qui est en prison? N’envoie-t-on pas des gens en prison parce qu’ils ont enfreint la loi? Et les drogues ne sont-elles pas illégales? Alors pourquoi donnerait-on aux détenus le matériel nécessaire à s’injecter des drogues? Mais attendez… Pourquoi y a-t-il de la drogue en prison?

J’avoue qu’à première vue, l’idée d’un programme [de seringues en prison] peut sembler bizarre ou absurde, même pour moi qui suis détenu. Je ne peux qu’imaginer comment une personne qui n’est pas familière avec la vie derrière les barreaux pourrait réagir à cette suggestion.

Plusieurs détenus, sinon la plupart d’entre eux, arrivent en prison avec des problèmes de consommation de drogue. L’usage habituel de drogue est souvent le facteur déclencheur d’expériences de conflit et de problèmes avec la loi. Les prisons ne sont pas des centres de désintoxication — loin de là. Des drogues circulent en prison, et la vie y est pénible. Bien des détenus consomment pour échapper à la douleur de leur incarcération. Les politiques carcérales, comme les tests réguliers de dépistage de drogue, encouragent l’utilisation de drogues plus fortes comme l’héroïne et la cocaïne — plus susceptibles d’être injectées — car les substances plus douces comme la marijuana restent détectables beaucoup plus longtemps dans le corps.

S’il y a de la demande et de l’offre, des drogues seront consommées. Le problème est que, contrairement à la rue, où des organismes de santé locaux offrent des seringues stériles aux utilisateurs de drogue par injection, en prison le ratio utilisateurs/seringues ressemble plutôt à vingt utilisateurs pour une seringue (et c’est probablement une estimation prudente).

Cela a deux conséquences. Des détenus finissent par partager des seringues, donc ils risquent aussi de propager des maladies infectieuses. N’oublions pas que ces personnes retourneront dans leurs communautés — qui sont aussi les vôtres. Les infections transmises par le partage de seringues pourraient être évitées, et leur traitement coûte très cher. Et c’est le système de soins de santé canadien (c.-à-d., les dollars de vos impôts) qui essuie la facture de l’échec des politiques carcérales.

Mais qu’en est-il des seringues? On ne peut pas laisser traîner des seringues partout en prison : ça serait un risque pour la sécurité! Désolé, mais il y en a déjà, en prison; la seule différence, c’est qu’on ne sait pas à quel endroit. Avec un programme de seringues en prison, on connaîtrait leur emplacement car le matériel serait catalogué et réglementé.

Pourquoi n’empêchons-nous simplement pas les détenus de se procurer des drogues? D’accord, alors pourquoi n’arrêtons-nous pas les gens de traverser la frontière avec de la cocaïne? On ne résout pas des problèmes complexes avec des solutions simplistes. Ces enjeux sont réels et ne disparaîtront pas. La meilleure chose à faire est de rester humain et intelligent, en tentant de réduire les méfaits qu’ils causent. Un programme de seringues en prison serait une étape logique vers l’atteinte de cet objectif.

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