La stigmatisation liée au VIH et la sortie publique de Charlie Sheen : choses à retenir

17 novembre 2015

En entrevue télévisée cette semaine, l’acteur Charlie Sheen a révélé qu’il vivait avec le VIH. Il explique avoir fait cette annonce en partie pour mettre fin à des années de rumeurs et d’extorsions par lesquelles on le menaçait de dévoiler son état. Sa révélation a soulevé un tourbillon d’attention médiatique ainsi que de nombreuses questions relatives à la vie privée, à la divulgation du VIH et à de possibles ramifications juridiques.

Comme l’a affirmé M. Sheen à propos de son diagnostic de VIH : « Ce sont trois lettres difficiles à avaler. » Cette situation est due en partie à la prévalence persistante de la stigmatisation liée au VIH. Le Réseau juridique canadien VIH/sida œuvre à la défense et à la promotion des droits humains des personnes vivant avec le VIH. Nous prévoyons malheureusement que la désinformation et la stigmatisation viendront entacher de nombreuses discussions entourant la révélation de M. Sheen — et nous désirons par la présente répondre à quelques perceptions erronées et préjugés.

Un enjeu important est la peur — souvent exagérée — de contracter l’infection à VIH lors de relations sexuelles. En réalité, la probabilité de transmission est beaucoup plus faible qu’on le croit fréquemment : même les rapports sexuels anaux non protégés (l’activité pour laquelle le risque statistique est le plus élevé) ne comportent qu’un risque de transmission de 1 %, lorsque le partenaire séropositif au VIH est celui qui pénètre.

Et bien sûr, le risque peut être encore plus faible. Par exemple, avec l’utilisation adéquate d’un condom de latex, le risque de transmission est complètement nul. De la même façon, un traitement efficace au moyen de médicaments anti-VIH permet de réduire la charge virale — la quantité de virus présente dans le système sanguin et dans les liquides corporels — à un niveau « indétectable », ce qui réduit considérablement le risque de transmission à un partenaire sexuel. De fait, les études actuelles et récentes ne relèvent aucun cas de transmission du VIH d’un partenaire séropositif ayant une charge virale supprimée à un partenaire séronégatif.

La désinformation au sujet du VIH et des risques liés à sa transmission et la peur qu’elle nourrit sont d’importants facteurs qui contribuent à la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH. Cette stigmatisation est un obstacle majeur à la divulgation, que ce soit à un partenaire sexuel ou dans d’autres contextes. De la même façon, la stigmatisation et la peur des répercussions négatives — y compris de possibles conséquences juridiques — est un autre facteur décourageant le recours au dépistage du VIH. Cela soulève une grave préoccupation de santé publique, car il est estimé qu’un Canadien sur 4 vivant avec le VIH n’est pas au courant de son infection. Un obstacle additionnel à l’accès aux soins de santé, découlant de la désinformation, est la possibilité que des discussions apparemment confidentielles avec des professionnels de la santé soient retenues comme preuves contre des personnes séropositives dans le cadre de poursuites criminelles.

En dépit des conséquences déplorables du recours excessif au droit criminel, et de solides preuves scientifiques à l’appui de risques d’exposition négligeables, le Canada est tristement un chef de file mondial de la criminalisation de la non-divulgation alléguée du VIH. Au Canada, des personnes vivant avec le VIH sont accusées et déclarées coupables d’agression sexuelle pour ne pas avoir divulgué leur séropositivité, même lorsque l’activité ne comportait pas de « possibilité réaliste » de transmission. Plutôt que d’habiliter les personnes vivant avec le VIH à divulguer leur séropositivité et à se sentir en sécurité lorsqu’elles le font, la criminalisation excessive de la non-divulgation du VIH contribue à une situation marquée par l’anxiété, la peur, la stigmatisation et la désinformation, nuisant ainsi au counselling, à l’éducation et aux efforts de prévention. Cela augmente les risques pour tous les Canadiens.

Il y a donc un appel grandissant, dans plusieurs milieux, à ce que l’on corrige le dangereux virage qu’a emprunté le droit canadien, et à ce que les procureurs exercent un contrôle plus rigoureux à cet égard.

L’an dernier, près de 80 experts scientifiques des quatre coins du Canada ont publié un important énoncé de consensus décrivant la probabilité de faible à nulle qu’une personne vivant avec le VIH transmette le virus dans diverses situations. Cet énoncé a été développé en réponse à l’inquiétude qu’« une mauvaise appréciation de la compréhension scientifique du VIH et de sa transmission » contribue au recours excessif à des accusations criminelles liées à la non-divulgation alléguée de la séropositivité au VIH.

Le recours malavisé à des accusations d’agression sexuelle pour non-divulgation du VIH est par ailleurs de plus en plus critiqué.

Le Réseau juridique examine les implications du recours à la loi sur l’agression sexuelle dans les affaires de non-divulgation du VIH, vu les différences marquées entre les types de comportements qui sont habituellement considérés comme des agressions sexuelles (y compris le viol) et les cas de non-divulgation du VIH. En collaboration avec Goldelox Productions, l’organisme a réalisé un court-métrage documentaire intitulé Consentement : La non-divulgation du VIH et la loi sur l’agression sexuelle, convoquant huit femmes — éminentes universitaires féministes, travailleuses des premières lignes, militantes et expertes du droit — à un dialogue avant-gardiste sur l’utilisation (malavisée) des lois relatives à l’agression sexuelle dans les affaires de non-divulgation du VIH.

Pour en savoir plus : 

  • Pour plus d’information sur les risques de transmission du VIH lors de relations sexuelles, consultez l’énoncé de consensus publié par des dizaines d’éminents scientifiques et médecins canadiens.
  • Pour plus d’information sur la divulgation du VIH et le droit à la vie privée des personnes vivant avec le VIH dans divers contextes, consultez notre série « Connaître ses droits ».
  • Pour plus d’information sur la situation troublante du droit criminel au Canada, lisez notre document de questions et réponses analysant les plus récentes décisions de la Cour suprême du Canada relativement à l’utilisation d’accusations d’agression sexuelle dans le cadre de poursuites contre des personnes qui auraient omis de divulguer leur séropositivité au VIH.
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