Diplomatie ou déni? Une déclaration internationale met en relief des problèmes concernant les rencontres de politiques mondiales sur les drogues

le 14 mars 2016

 Cette semaine, la Commission des stupéfiants (CS) se réunit à Vienne afin de se préparer à la très attendue Session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU (UNGASS) sur le « problème mondial de la drogue » prévue le mois prochain (19–21 avril) à New York. La dernière UNGASS sur les drogues a eu lieu en 1998, sous la bannière d’un « monde sans drogues », que l’on voulait réaliser principalement en adoptant et en appliquant des lois plus répressives en matière de drogues. Or il a été démontré que cet objectif est carrément absurde — et, tristement, les preuves incluent d’innombrables décès et vies brisées. Aujourd’hui, après quelque deux décennies de ravages de la « guerre aux drogues », de plus en plus d’États se rallient aux organismes de la société civile pour réclamer une approche plus rationnelle, fondée sur des données et conviviale aux droits humains, pour remplacer le système punitif actuel.

Malheureusement, jusqu’ici le processus démontre à quel point le système international de contrôle des drogues est dysfonctionnel et rébarbatif au changement. Les pays membres de la CS ont été mandatés de rédiger un « Document final » pour adoption par l’Assemblée générale de l’ONU. Le processus était censé être inclusif et conduire à un document de « substance » et « orienté vers l’action », incluant des recommandations pour répondre aux défis de longue date et émergents du « problème mondial de la drogue ». Or, jusqu’ici, le processus s’est avéré défaillant et litigieux; il a non seulement mis de côté une majorité des États membres de l’ONU, mais risque également de ne conduire qu’à une récitation coûteuse, futile, et au bout du compte dommageable, des mêmes politiques déchues.

Une déclaration [en anglais] publiée le lundi 14 mars et appuyée par près de 200 organismes de la société civile (y compris le Réseau juridique) exhorte les États membres, y compris ceux écartés du processus d’ébauche, à contester le document provisoire et à exprimer publiquement leur déception à l’égard du processus. La déclaration conclut : « L’UNGASS est une occasion unique de prendre position et de faire preuve de leadership dans la réforme des politiques sur les drogues, car nous ne pouvons tout simplement pas continuer avec la même approche défaillante. »

Ces deux réunions sont importantes également du point de vue canadien car il s’agit des deux premiers forums internationaux où le nouveau gouvernement fédéral a l’occasion de démontrer un changement de ton et d’orientation concernant la position du pays quant aux drogues illégales et aux politiques en matière de drogues. Compte tenu de l’engagement qu’a affirmé le gouvernement en ce qui concerne la réduction des méfaits, au pays, de même que des promesses du premier ministre Trudeau de légaliser et de réglementer le cannabis, il est à espérer qu’il y aura également un changement dans l’approche canadienne à l’égard de tels enjeux sur la scène internationale.

Les signes initiaux d’un changement de ton de la part de représentants gouvernementaux sont de bon augure, mais le virage doit aller au-delà de la théorie. Le nouveau gouvernement canadien doit devenir un acteur sérieux et aligné sur des principes, à la table internationale des politiques sur les drogues. À cette fin, nous avons transmis, de concert avec la Coalition canadienne des politiques sur les drogues (ainsi qu’un groupe de travail de plus d’une douzaine d’organismes de la société civile, des quatre coins du pays), un mémoire à la ministre canadienne de la Santé. Dans 10 recommandations claires, nous demandons au nouveau Gouvernement du Canada de devenir un acteur plus constructif sur la scène internationale. Le Canada peut et devrait se faire un champion concernant des enjeux comme la réduction des méfaits, les droits humains, la souplesse des pays de tenter de légaliser et de réglementer le cannabis (et d’autres drogues), l’accès aux médicaments, la nécessité de meilleurs indicateurs pour l’évaluation des politiques en matière de drogues (des indicateurs concernant la santé, le développement et les droits humains, par exemple, plutôt que limités à déclarer les arrestations pour drogue, les saisies, les poursuites, etc.), et bien d’autres éléments encore. Le Canada peut devenir un important joueur sur la scène internationale, s’il est déterminé à saisir cette occasion d’être un leader.

Cet article a été publié dans Blog, Politiques sur les drogues, Our Work. Bookmarker le permalien. Les commentaires et les trackbacks sont fermés.