Comment nous faisons progresser les droits de tous et toutes pendant la COVID-19

Nous défendons des communautés qui sont laissées pour compte et exclues, voire prises comme boucs émissaires et criminalisées. Donc il n’est pas étonnant pour nous que les personnes les plus marginalisées (y compris les détenu-es, les personnes qui consomment des drogues, les travailleuse(-eur)s du sexe, les personnes sans logement et les migrant-es) soient de celles qui subissent le plus de préjudices dans cette nouvelle pandémie. La COVID-19 n’est pas « le grand égalisateur ». En fait, cette pandémie met en évidence de terribles inégalités dans notre monde qui exigent un remède – tout comme le VIH, qui a suivi les lignes de faille de l’inégalité sociale et économique.

Deux des choses que l’épidémie de VIH a mises en évidence : les droits humains doivent être au centre de notre réponse à ce nouveau défi de santé publique; et le plaidoyer et la participation des communautés sont essentiels. La situation nécessite des réponses rapides alors que les données sont limitées. Cela accentue le risque que la peur et la désinformation conduisent à des politiques publiques qui sont mauvaises pour les droits de la personne et pour la santé publique.

Le droit relatif aux droits humains reconnaît que dans certaines situations, certains droits peuvent être restreints dans l’intérêt de la santé publique. Mais toute restriction doit être nécessaire et proportionnée et servir un objectif légitime. Les restrictions doivent toujours comporter des mesures de protection contre leur application abusive ou illégale, et être examinées et contestées. Lorsqu’on les adopte pour répondre à une urgence de santé publique, elles doivent être limitées dans le temps.

Nous avons exposé tout cela dans notre document de plaidoyer #Aplanirlinégalité, qui met en lumière certaines préoccupations de droits humains émergentes au Canada et qui présente d’importantes recommandations pour protéger et promouvoir les droits humains dans la réponse à la COVID-19. Nous avons envoyé ce document à tou-te-s les décideur(-euse)s politiques du fédéral et des provinces et territoires, de même qu’aux médias canadiens.

Voici quelques faits saillants du travail du Réseau juridique, à ce jour, en lien avec la COVID-19 :


CRIMINALISATION

Depuis le début de la pandémie, nous observons dans le monde un virage inquiétant vers un recours sévère et injustifié à des mesures pénales et d’autres types de châtiments, en réponse à la COVID-19. Or l’expérience en lien avec le VIH nous a appris que de telles mesures font souvent fi de la science, ont une portée excessivement large et aboutissent à des sanctions injustes et à des résultats désastreux et discriminatoires pour certaines communautés. En tant que membre de HIV JUSTICE WORLDWIDE, nous avons collaboré à la création d’une déclaration de plaidoyer soulignant que la criminalisation n’est pas une approche fondée sur des données probantes, pour répondre à des problèmes de santé publique.

Ici au Canada, la couverture médiatique à ce sujet a été abondante, et nous sommes ravi-es de voir tant d’individus et d’organismes élever la voix contre la #répressionCOVID. Nous travaillons avec les autres membres de la Coalition canadienne pour réformer la criminalisation du VIH afin de mobiliser un consensus de la communauté contre le mésusage du droit pénal en réponse à la COVID-19.

DROITS DES DÉTENU-ES

Nous nous inquiétons gravement pour les prisonniers et prisonnières ainsi que les autres personnes en détention, dans cette crise de la COVID-19. Les détenu-es sont issus de nos communautés et, en grande majorité, y retourneront : la santé en prison fait sans contredit partie de la santé publique.

En mars, nous avons adressé une lettre aux dirigeant-es du fédéral, contenant des recommandations spécifiques pour éviter une épidémie dans les prisons. Quelques semaines plus tard, des détenu-es et des agent-es correctionnel-les de plusieurs établissements fédéraux ont reçu des diagnostics de COVID-19 – et leur nombre augmente de jour en jour. Nous avons donc envoyé une deuxième lettre, soulignant que la fenêtre pour la prévention se refermait rapidement et demandant des actions décisives et immédiates, y compris la libération des détenu-es médicalement vulnérables. Nous surveillons la situation en collaboration avec des partenaires qui travaillent dans les prisons fédérales.

APPEL À L’ACTION : Nous avons également mobilisé des organismes pour demander au Gouvernement de l’Ontario de mettre immédiatement en œuvre des mesures pour protéger la santé de toutes les personnes détenues à l’échelon provincial. Vous pouvez signer votre nom (en tant que personne ou pour un organisme) pour soutenir la santé des détenu-es de l’Ontario en cliquant ici.

En outre, vous vous souvenez probablement que nous étions le mois dernier en cour pour défendre le droit des détenu-es à du matériel d’injection stérile. Nous croyons qu’une décision dans cette affaire est imminente. Mais depuis lors, nous avons appris que les autorités pénitentiaires fédérales ont suspendu le programme d’échange de seringues en vigueur dans quelques prisons, en invoquant la COVID-19 comme excuse. Soyons clairs : il n’y a aucune raison de santé publique valable pour refuser ou retarder davantage l’accès à ce service de santé. Cela montre à quel point il est important que les tribunaux déclarent qu’un programme d’échange de seringues en prison est un service de santé essentiel – afin qu’il ne soit pas vulnérable à des décisions politiques cyniques.

METTRE FIN À LA PROHIBITION DES DROGUES, PROMOUVOIR LES SERVICES DE SANTÉ

Les personnes qui consomment des drogues sont confrontées à des défis uniques. Les gouvernements du monde entier doivent agir et s’assurer qu’elles ne passent pas entre les mailles du filet. Nous nous sommes joints à des défenseurs de la réduction des méfaits des quatre coins du monde pour demander au Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la santé de fournir des conseils aux gouvernements sur la manière de protéger la santé des personnes qui consomment des drogues dans le cadre de la réponse à la COVID-19.

La criminalisation est un énorme facteur sous-jacent qui contribue à la mauvaise santé des personnes qui consomment des drogues. C’est pourquoi, avec d’autres militant-es du domaine des politiques sur les drogues, nous avons également adressé au Gouvernement du Canada une lettre pour l’exhorter à utiliser tous les outils à sa disposition pour décriminaliser immédiatement la simple possession de drogues. Notre lettre sera publiée très prochainement; surveillez nos fils Twitter et Facebook pour des mises à jour. 

Autre élément important, nous soulignons la nécessité de protéger et de mettre à l’échelle les services de consommation supervisée où les gens peuvent consommer de la drogue dans un cadre sûr, et de faciliter l’accès à un approvisionnement sécuritaire en drogues actuellement criminalisées et qui contribuent à l’épidémie de surdoses. Les personnes qui consomment des drogues sont plus vulnérables aujourd’hui que jamais et nous devons agir. Il est absurde de maintenir une interdiction inefficace des drogues alors que cela aggrave les ravages de la pandémie de COVID-19.

AUTRES GROUPES MARGINALISÉS

Les travailleuse(-eur)s du sexe exhortent Ottawa à mettre au point des moyens pour que les travailleuse(-eur)s du sexe puissent toucher une aide financière de survie, dans cette pandémie, et nous appuyons de tout cœur cet important appel à l’action.

Le Canada a laissé tomber les demandeur(-euse)s d’asile. Nous nous sommes joints à Amnistie internationale et à Médecins Sans Frontières Canada pour dénoncer la fermeture illégale et contraire à l’éthique de la frontière canado-américaine aux personnes qui ont besoin de notre protection.

 


Nous faisons un pivot pour réagir à des questions liées à la COVID-19 en cas de nécessité claire, mais nous restons également sur la voie de nos priorités stratégiques en tant qu’organisme. Notre objectif est de faire de notre monde un endroit plus juste où l’on respecte les droits humains de tous et de toutes. La violation et le déni des droits humains alimentent la propagation de la COVID-19, tout comme celle du VIH. Le respect, la protection et la réalisation des droits humains seront essentiels pour vaincre ces deux pandémies.

Merci de rester des nôtres et de nous aider, jour après jour, à faire de ce monde une réalité.

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