De l’huile sur le feu – Comment les lois discriminatoires de la Russie aggravent l’épidémie du VIH

26 février 2015

En dépit du constat répandu de l’échec de la soi-disant « guerre aux drogues », nous lisons encore des histoires des quatre coins du monde sur la criminalisation injuste, la discrimination et la déshumanisation des personnes qui consomment des drogues.

En Russie, de mauvaises lois, qui portent atteinte aux droits des personnes qui font usage de drogue, alimentent l’épidémie du VIH. Les personnes qui s’injectent des drogues sont les plus vulnérables à contracter le VIH. Sans un accès adéquat et légal à des services de réduction des méfaits, comme des programmes de seringues et d’aiguilles (PSA) et de thérapie de substitution aux opioïdes (TSO) par des médicaments comme la méthadone, les cas d’infections par le VIH continueront d’augmenter. Quoique signataire de toutes les principales conventions et déclarations internationales sur les droits humains, la Russie demeure – juridiquement et politiquement – un des pays où l’on se soucie le moins de la santé et des droits humains des communautés marginalisées.

La Russie est un des pays dans la mire du Réseau juridique canadien VIH/sida; notre travail dans la région est dirigé par l’analyste principal des politiques Mikhail Golichenko. De pair avec nos partenaires russes et régionaux (notamment la Fondation Andrey Rylkov), nous plaidons depuis quelque temps pour que la Russie abandonne sa prohibition de la TSO. Nous avons par ailleurs fourni du soutien technique à nos partenaires russes, en travaillant à des recherches et en offrant des conseils sur les politiques et lois qui sont discriminatoires à l’égard des personnes qui font usage de drogue, en plus de les criminaliser; et nous luttons en même temps pour leur accès à des ressources et à des soins de santé. Nous travaillons directement auprès de personnes qui font usage de drogue, dans le cadre d’un programme novateur d’« avocats de la rue » qui place le pouvoir de défendre les droits humains dans les mains des personnes les plus affectées. Lorsque nos partenaires ont pris la décision de développer un journal s’adressant directement aux personnes qui s’injectent des drogues en Russie, nous avons fourni de l’assistance au projet, de façon à ce que cette communauté puisse être informée de ses droits humains.

Dans tous ces dossiers et d’autres encore, nous faisons d’importants progrès – et 2015 promet d’être une année excitante.

Voici simplement un exemple. Depuis 2010, en collaboration avec des organismes de la société civile russe, nous fournissons du soutien juridique à des personnes qui consomment des drogues et qui ont déposé un ensemble de trois plaintes phares contre la Russie, à la Cour européenne des droits de l’Homme, contestant l’interdiction de la méthadone par le pays. En septembre, la Cour a accepté une impressionnante brochette d’intervenants, notamment le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, l’ONUSIDA, les organismes Human Rights Watch et Harm Reduction International, l’EUROPAD, les Médecins internationaux pour la politique des médicaments, de même que nous. Il faudra encore un certain temps avant un verdict, mais nous avons présenté un corpus exhaustif de preuves et de solides arguments juridiques et sociaux, afin que la Cour demande des comptes au Gouvernement de la Russie pour son refus de fournir des services essentiels aux personnes qui consomment des drogues. En outre, nous tenons à remercier nos partenaires en Russie et à l’étranger. Nous ne serions pas en mesure de terminer notre travail sur ces cas sans vous. Il est important de souligner ces personnes, y compris les personnes qui utilisent des drogues, qui mettent leur vie en jeu lors du combat pour leur santé et les droits humains dans des environnements hostiles, comme dans les pays russes.

Nous sommes engagés également à protéger les braves demandeurs qui ont intenté ces affaires relatives à la TSO, en cour, comme Ivan Anoshkin. Lorsque le Service du procureur russe a pris connaissance de cette affaire, il a commencé à persécuter le Projet April, le seul ONG offrant du soutien social à Ivan, dans sa ville. Ce type de harcèlement bureaucratique n’est pas inhabituel de la part des autorités russes, lorsqu’elles ciblent des ONG. Toutefois, au printemps de 2014, nous avons contribué à défendre en cour le Projet April, qui a eu gain de cause.

Pour plus d’information sur toutes les affaires judiciaires russes dont nous nous occupons, cliquez ici; nous vous tiendrons au courant des progrès des affaires relatives à la TSO, notamment. Devant la hausse du nombre de nouveaux cas de VIH en Russie, nous continuerons de travailler avec nos partenaires à l’avancement des droits humains, à la dignité et à l’accès à des services de santé salvateurs pour les personnes qui consomment des drogues en Russie et dans la région avoisinante. Des vies dépendent de notre réussite.

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